Christoph Häßler aka Stohead

Né en 1973

Vit et travaille à Berlin (DE)

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biographie

Christoph Hässler, alias Stohead, est de ces artistes pour qui la peinture est une recherche constante. À ses débuts, il y a de cela 27 ans, il a, en découvrant le graffiti, été saisi par une dimension particulière de cette pratique : le writing. C'est-à-dire le tag, le versant calligraphique du graffiti. La manière de représenter la lettre d'un trait et de faire s'enchaîner les caractères les uns après les autres. Et les initiés le savent : c'est souvent à sa façon de tagguer que l'on reconnait un bon graffeur. L'inspiration, le mouvement, l'énergie, la cohérence, tout cela fait la beauté du tag, souvent illisible, et dont la dimension créative échappe totalement aux néophytes qui ne trouvent le graffiti artistique que quand il est "joli".

Car oui, le tag peut être agressif. C'est une signature rapidement laissée sur un coin de mur qui n'a d'autre objet que de marquer le passage de son auteur. Et il ne s'adresse qu'à ses pairs. Le public n'est pas invité à le déchiffrer, ni à l'aimer. Ce tag, pourtant, mène bien souvent ses adeptes à la calligraphie. Fascinés par les multiples - infinies - possibilités de représentation d'une seule lettre grâce à un ou plusieurs traits, le taggueur, à force de recherches techniques, peut devenir fin calligraphe. Tout comme le graffeur n'est pas automatiquement peintre, le taggueur n'est pas forcément calligraphe. Et sans travail, le talent seul ne suffit pas à le devenir. Tout cela, Stohead l'a bien compris et appris au long de son parcours. N'abandonnant jamais le taggueur/graffeur qui est en lui, il a rapidement décidé de transposer son univers calligraphique sur une toile allant jusqu'à partager la paternité du terme "Calligraffiti" avec un graffeur émérite : le Hollandais "Shoe". Cependant, à la différence de ce dernier - et à la différence de la majorité des artistes issus du graffiti et pratiquant la calligraphie sur toile - Stohead s'est vite lassé de la dimension égocentrée du writing, préférant lâcher sur ses toiles des morceaux de phrases issues de chansons, des citations tirées de livres ou de films. Parfois même un unique mot pouvait être représenté sur l'œuvre, écrit une seule ou plusieurs fois. "Intoxication", "Over Over Over", "NOW", des mots qui, selon les environnements dans lesquels ils étaient placés, pouvaient conférer à l'œuvre diverses significations. Au cours de ses premières recherches, Stohead basait son travail calligraphique sur l'impact des mots, mais également sur le fort effet visuel provoqué par le contraste entre un fond uni, en aplat, sombre ou coloré, et une écriture tranchante, vive, mouvementée, réalisée grâce à des coloris totalement différents du fond. Tons chauds et froids, noirs et blancs, traits très épais et dégoulinants exécutés grâce à des outils spécialement créés par l'artiste saturant de peinture une toile au fond si "calme"... L'impact, toujours.

L'impact, il en a également été question lorsque, à force de travail, Stohead remarqua que dans son atelier se formaient au sol des tâches issues du mélange des différentes couleurs et encres utilisées au cours de ses expérimentations calligraphiques. D'abord prises en photo, ces tâches ont finalement été reproduites par l'artiste. La recherche venait ici rencontrer la dimension fortuite à laquelle tout créateur doit un jour s'adapter. En les intégrant à ses calligraphies, Stohead a fait de ces tâches des nuages de fumée, devenant finalement les lieux de naissance ou d'évanescence de ses lettres. Puis, peu à peu les phrases ont disparu et les vapeurs ont pris toute leur place sur ses toiles. Était alors venu le temps des "Decompositions". Une technique mystérieuse pour un résultat épatant. L'impact, encore une fois. Stohead nous permettait de plonger dans des œuvres fascinantes, aussi fascinantes que peut l'être l'observation du mouvement des nuages ou d'un effet de dilution. Les couches, leur transparence, la matière, le contraste... Le fond et la forme étaient là pour qui voulait s'abandonner à projeter dans l'œuvre ses états d'âme. Plus rien n'était imposé au spectateur.

La résonance des phrases et des mots avait disparu. Stohead cédait totalement la place à l'imaginaire. Puis, toujours dans un souci de recherche et parce que depuis le départ il ne considère rien comme acquis ni définitif, Stohead a éprouvé le besoin de venir fendre ses nuages. Peut-être pour y ajouter une source d'équilibre. Peut-être pour y insérer des formes reconnaissables, tangibles, venant pour lui stabiliser les compositions. Car son travail, depuis la calligraphie pure, est une question d'équilibre. Équilibre fragile d'une composition mêlant à la légèreté des évanescences la rectitude des lignes. Comme les traits d'un repère dans un graphique... jouant avec leurs nuages, ces lignes n'étaient pas sans rappeler les structures noires des "modules inutiles" de Tinguely, liant les éléments les uns aux autres sans pour autant être les attraits principaux de la composition. Petit à petit, Stohead nous ramenait de la Decomposition vers la Recomposition.

Aujourd'hui, c'est de faire se rencontrer les éléments dont il s'agit. Loin d'un fourre-tout où se mêleraient chaotiquement calligraphie, effets liquides ou vaporeux et traits de rupture, Stohead propose des œuvres qui ont pour principale caractéristique la recherche d'une nouvelle harmonie ; d'une balance entre ses différents travaux, tous présents dans les tableaux formant, ensemble, la Recomposition. Et paradoxalement, c'est la simplicité qui vient ici prendre le dessus. Le geste, rapide, concrétise par des formes simples aux couleurs vives des heures - des années - de réflexion, d'attente, de regard devant la toile pour trouver le geste juste.

Voilà ce que Stohead nous propose ici.

Jonathan Roze

Texte publié en préface du catalogue de l'exposition personnelle de Stohead

"Recomposition"

Juillet 2017 - Galerie LE FEUVRE & ROZE

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