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Sixe Paredes : "Danza Ritual"

Mis à jour : 27 oct 2018



Sixe Paredes : "Danza Ritual"

Exposition personnelle cataloguée

24 septembre - 24 octobre 2015


De l’origine du genre humain jusqu’à aujourd’hui, la danse n’a jamais cessé de nous accompagner et, grâce à elle, tous les peuples du monde expriment, du plus profond de leur être, leurs désirs les plus mystiques. Des désirs si intenses qu’on ne peut mettre de mots dessus, juste des gestes et des mouvements.


Ces expériences plastiques visionnaires, qui unissent le Ciel et la Terre, communiquent avec un monde de profonde introspection et génèrent une véritable explosion de couleurs qui se mêlent et s’entremêlent dans plusieurs dimensions jusqu’à nous transporter dans des univers inconnus. Nos façons de voir le monde et de penser sont remplies de rituels, cachés par notre vision contemporaine des choses mais qui, aujourd’hui, ressortent et deviennent la clé d’une porte qui ouvre sur de nouveaux paradigmes et de nouvelles dimensions. Avec le symbolisme sont venus certains questionnements sur la nature humaine, le sens de nos vies, l‘empreinte ou l’héritage que l’on voudrait laisser … tout cela s’exprime grâce à des codes que le temps efface. Pourtant ces codes se retrouvent facilement dans un passé pas si lointain. Gravés au fer rouge au plus profond de nous même, ils ne disparaissent jamais vraiment. Dans nos nouvelles vies, ils se transforment. De vagues souvenirs corporels, ils deviennent actions et prennent, jour après jour, des formes, qu’aveuglés par le monde dans lequel nous vivons, nous ne remarquons pas. Voici les concepts et disciplines sur lesquels j’ai travaillé pour cette nouvelle exposition. En peinture, j’ai tenté de matérialiser l’idée que je me fais de la danse. J’ai peint deux séries de toiles inspirées par les mythes et légendes les plus populaires dans le monde : les danses mystiques autour de l’eau et des cieux.


Les légendes de nombreuses civilisations sont remplies de créatures du ciel comme l’Homme-Oiseau ou d’êtres ailés dont les plus extraordinaires sont le serpent à plumes ou le grand « Wiracocha ». Elles comprennent également des êtres aquatiques qui surgissent des profondeurs des mers, lacs et mares, créatures aux têtes ou corps de poisson, sortant de l’eau pour danser ou lancer des sorts à ceux qui s’approcheraient trop près de leurs territoires. Ici, je voudrais citer le livre d’où viennent beaucoup de ces références et sur lequel j’ai principalement basé ma documentation : El Pez De Oro, de Helena Usandizaga. J’ai eu l’honneur d’en illustrer la couverture. Beaucoup voient ce livre comme la Bible des études indigènes.

L’abstraction est devenu un véritable outil pour donner forme à cet état de conscience altérée, ces trips obtenus grâce à des plantes magiques qui élèvent l’homme, lui permettent de révéler son être, de le faire émerger dans son environnement dans une explosion de couleurs et de formes géométriques qui se dématérialisent à différents niveaux.

Pour la sculpture, j’ai travaillé avec des techniques péruviennes ancestrales pour réunir deux mondes afin de créer des œuvres qui parlent de tradition et de modernité et, fondamentalement, d’union avec le Cosmos et l’Univers. Nazca est internationalement réputé pour ses lignes de Nazca, qui ont été reconnues patrimoine culturel mondial par l’UNESCO en 1994. Ses formes et dessins impressionnants s’étendent sur des milliers de kilomètres à différents endroits éparpillés dans toute la plaine. Les étudiants du département académique de l’Université de Nazca qui étudient et défendent cet héritage culturel ont déclaré qu’elles étaient en fait des chemins sacrés et qu’il est incorrect de les appeler des « lignes ». De plus, on trouve dans la population de Nazca des potiers d’exception dont le style singulier est riche en couleurs. Je les considère comme les détenteurs d’une des plus belles cultures du Pérou, avec, évidemment, la culture « Mochica ».


Quand je suis retourné dans cette région, j’ai eu la chance de séjourner dans l’atelier du patriarche de la famille Gallegos. Son fils, Zenòn Gallegos a été mon maître. Cette famille, qui a par ailleurs une très grande expérience en céramique, a commencé à ressusciter la technique Nasca en 1968. Ils ont étudié et promu cette technique ancestrale jusqu’à nos jours. J’ai été capable de montrer ce travail après deux ans d’apprentissage et je continue encore aujourd’hui d’approfondir cette technique de poterie Nasca. Je cherche à y intégrer une vision contemporaine tout en gardant et en respectant ces motifs originels. Dans cette nouvelle série de sculptures, le travail de céramique est évidemment plus complexe que celui que j’avais précédemment fait à Nasca ; j’ai beaucoup évolué. J’ai également développé d’autres techniques comme les looms et les quipus. Depuis quatre ans, j’ai tenté de créer de nouvelles œuvres entre le Pérou et Barcelone.

Au Pérou, je suis allé à San Pedro de Cajas, connue comme la capitale des manufactures de textile. J’y ai travaillé avec un maître tisserand, Luis Nesquin Pucuhuaranga-Espinoza, dont la spécialité est l’hyper-réalisme. Avec lui j’ai réalisé différentes œuvres en utilisant les deux symboles les plus présents chez Mère Nature : les points et les lignes. Symboles qui se retrouvent dans mon travail ces dernières années.


Dans la deuxième partie du processus, de retour à Barcelone, j’ai développé la toile de fond des tapisseries faites précédemment à San Pedro de Cajas. Dans ces compositions, j’ai utilisé différents matériaux : de la laine de mouton séchée à la main teinte avec des pigments naturels, des cordelettes en coton d’épaisseurs et de longueurs différentes, et des lattes en bois peintes avec plusieurs motifs. Ainsi je crée différentes textures et profondeurs qui contrastent avec le premier plan, plus symbolique.


Les quipus sont surtout connus pour leur utilisation dans l’administration de l’Empire Inca. Ils s’en servaient pour gérer les affaires économiques et sociales. Les quipus étaient faits de laine nouée de lama, d’alpaga ou de coton. La position des nœuds et leur nombre correspondaient à une valeur numérique dans le système décimal. La couleur principale indiquait à quel compte elle appartenait. Et chaque corps de métiers (agriculture, militaire, ingénierie, etc.) avait son propre code couleur. Les analyses de centaines de quipus ont montré que leurs informations sont principalement numériques mais d’autres études ont également expliqué qu’ils correspondaient à une forme d’écriture.


Dans cette série de quipus créés à Barcelone, j’ai essayé de faire transparaître la beauté de l’écriture avec des cordelettes nouées, avec une vision contemporaine bien sûr mais également, encore une fois, en mettant en lumière cet élément de la culture originelle des Andes. J’ai utilisé le style de nouage « quipucamayoc » en y incorporant d’autres techniques comme les cordelettes déchirées, en incluant aussi des cordes comme un rappel à la danse des cordes de la culture « Mochica ». Plus loin, les perles de bois représentent un système numérique suivant différentes couleurs, formes et symboles linéaires. Le quipu est entièrement porté par une barre, ce qui est assez rare dans les quipus originaux. Néanmoins cela se rencontre parfois, c’est pourquoi je l’ai utilisée pour mes œuvres.

Tout cet ensemble donne à la tradition une toute nouvelle dimension.


Sixe Paredes

Texte publié dans le catalogue d'exposition "Danza Ritual" en septembre 2015