Jan Kolata "la peinture c'est comme le nettoyage"

«La peinture, c’est comme le nettoyage», explique Jan Kolata à propos de sa manière de travailler. Cette déclaration, qui d’abord peut-être irritante pour certains, prend tout son sens lorsqu’elle s’applique au processus créatif de l’Allemand.


Xi'an Art Museum, Chine, 2010


Né à Immenstadt en 1949, Jan Kolata a en effet vite choisi d’ignorer les ustensiles classiques du peintre tels que les pinceaux et chevalet. Dans son spacieux atelier de Düsseldorf, il crée ses œuvres d’une manière bien personnelle : une toile brute, tendue sur une plaque épaisse, est à cheval sur deux rails posés au sol devant lui. Jan Kolata verse ensuite de la peinture sur la toile, beaucoup. Puis la recette consiste à mélanger, comme on le souhaite, les nuances de couleur avec un liquide très fluide ou épais comme du pudding. Un étang de couleur se forme alors, jusqu’à trouver son contour. Finalement, Jan Kolata retire le liquide. Il vide l’étang à l’aide de chiffons d’entretien et de raclettes disponibles dans le commerce. Les couleurs coulent dans le récipient collecteur, où elles se mélangent et créent de nouvelles tonalités. Ce processus, l’artiste le répète ensuite, couche après couche. Entre chaque jet d’acrylique sur la toile et chaque remplissage de récipient, le temps passe et la couleur sèche, se fixe. C’est ici que l’acte créatif devient excitant pour Jan Kolata : ce coulé et nettoyé laisse entrevoir à l’artiste d’infinies possibilités dans les compositions, les équilibres et les espaces sur le support. Qu’ils soient puissants ou plus discrets, contrôlés, les jets de peinture sont imprévisibles. Jan Kolata doit ensuite les harmoniser, les délimiter, faire communiquer les couleurs et les formes, jongler avec les fines transparences et les couches plus compactes. Le hasard garde bien sûr son rôle ; sa peinture reste intuitive.


Kunstpalast Museum, Düsseldorf, 2012

Jan Kolata, qui enseignait la peinture à l’École des Beaux-Arts de Dortmund, l’a étudié non loin de là, aux Beaux-Arts de Düsseldorf, de 1970 à 1977. En 1975, il suit les cours du sculpteur Erich Reusch dont la vision l’influence fortement. Pour Reusch, la sculpture n’est pas une fin en soit. Ce qui l’intéresse plutôt c’est comment la structure, l’espace se voit modifié par la présence de l’œuvre. Kolata suivra cette voie en l’adaptant à sa peinture. Finalement, sa conception est justement que l’image ne pré-existe pas. L’œuvre est construite et se compose au grès de l’évolution des couches. Il ne s’agit donc pas de réaliser une image. Il n’y a bien sûr pas d’esquisse. Jan Kolata explique : « dans ma peinture, l’échec est une possibilité, mais je peux prendre du plaisir en essayant d’en tirer profit ». Tout au long de l’accomplissement de ce processus créatif durant lequel les couches se superposent, le jeu entre les zones opaques et les zones plus translucides révèle parfois des profondeurs fascinantes, presque magiques. Puis le spectateur découvre cette profondeur, il y reconnaît parfois des formes. Il y projette ses pensées, ses idées, y abandonne ses sentiments. Peut-être est-ce pour ne pas entraver la réception de l’œuvre, laisser grande ouverte la porte à l’imagination de chacun que l’artiste ne donne pas de titres à ses œuvres.

Comme le spectateur le fait devant ses œuvres, Jan Kolata s’abandonne totalement à la peinture. Il l’étudie, la regarde, la mélange, la jette, la gratte, la ponce, et l’enseignait. Au cours de sa carrière il a été invité en résidence ou à dispenser des cours dans de nombreux pays, en Chine, à la Cité Internationale des Arts de Paris, à Rotterdam, Oslo, et à Dortmund, bien sûr, où il occupait une chaire de Professeur à l’École des Beaux-Arts.


Xi'an Art Museum, Chine, 2010


Kunstpalast Museum, Düsseldorf, 2019

Photos : Xi'An Art Museum : Denis Bury

Kunstpalast Düsseldorf : Roland Baege

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