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Adrian Falkner : "Thinking Hand"

Mis à jour : 27 oct 2018



Adrian Falkner : "Thinking Hand"

Exposition personnelle cataloguée

19 mai - 25 juin 2016


Peindre en pensant moins. Laisser libre cours au geste en évitant que l’esprit ne lui dicte trop sa direction. Ce précepte expressionniste est la ligne directrice de Thinking Hand, l’exposition avec laquelle Adrian Falkner s’affirme en tant que peintre contemporain en reprenant possession de son identité civile pour laisser derrière lui le pseudonyme qu’il utilisait jusque là : Smash137.


Thinking Hand fait référence à un ouvrage éponyme (The Thinking Hand, 2009) écrit par l’architecte et penseur finlandais Juhani Pallasmaa. Dans ce livre, Pallasmaa développe l’idée selon laquelle nos mains et les gestes qu’elles exercent ne résultent pas uniquement de notre pensée. Selon lui, les mains grâce au sens auquel elles sont liées – le toucher – participent à construire notre perception du monde autant que nos réflexions. On peut en conséquence attribuer à la main un pouvoir d’expression presque indépendant de l’esprit censé la guider. En lâchant prise, en oubliant de concevoir notre geste, nous pouvons alors réaliser des choses sans par avance les imaginer. Cet abandon de la prévision au profit du spontané est ce sur quoi Adrian Falkner a travaillé pour cette exposition. Sa main a pensé pour lui. Qu’a-t-elle voulu lui dire ?


En partant du constat selon lequel sa création est, depuis qu’il a commencé à peindre, très contrôlée, précise et minutieuse, Adrian Falkner a cherché à atteindre une forme de liberté à travers l’expérimentation du geste impensé ; mais pas incontrôlé. L’idée de s’affranchir des carcans habituels guidant son trait l’a séduite jusqu’à devenir l’axe principal de sa peinture nouvelle. Car si dans l’esprit des œuvres et leurs couleurs l’on retrouve les caractéristiques de son art, sa forme a aujourd’hui radicalement changé. La construction basée sur les lettres de son pseudonyme a été remplacée par des gestes circulaires, répétés encore et encore jusqu’à donner des compositions à plusieurs couches, mêlant habilement les couleurs et les techniques. Ce trait rond n’est jamais deux fois le même ; les cercles s’entrecroisent sans jamais se superposer ; chose étonnante quand on connaît la précision avec laquelle le Suisse composait auparavant ses œuvres tant dans la rue qu’en atelier. Mais en voyant le corpus créé pour cette exposition, en prenant en compte le fait qu’Adrian Falkner a abandonné son pseudonyme et les contraintes physiques imposées par une construction autour de ses lettres, on comprend qu’un virage radical est amorcé. Et que ce virage lui était nécessaire. Quel artiste sincère ne ressent pas le besoin faire évoluer sa peinture ?


Paradoxalement, c’est ce besoin d’évolution conscient et mûrement réfléchi qui l’a conduit à choisir de moins penser et de se lancer dans cette voie expressionniste en se laissant guider par sa main – non sa raison. Car, pour reprendre une idée de Pallasmaa, la main emmagasine au fil du temps une expérience qui lui est propre, détachée de l’expérience accumulée, consciemment ou non, par notre esprit. En fonction de ce que nous avons touché, utilisé, des matériaux, des outils, des températures, des textures, nos mains ont gardé « en mémoire » des choses qui ensuite peuvent s’exprimer presque automatiquement. La main n’est finalement pas simplement un outil ; elle est un outil à qui l’on peut demander de réaliser des choses de manière autonome. Il suffit pour cela de croire qu’elle peut penser.