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Adrian Falkner : "Cold Fever"

Mis à jour : 27 oct 2018



Adrian Falkner : "Cold Fever"

Exposition personnelle cataloguée

17 mai - 16 juin 2018


Adrian Falkner connait bien les sensations procurées par l’exercice physique sur le corps. À dix-huit ans, il a dû accomplir son service militaire et est resté engagé dans l’armée, comme le veut la loi Suisse, plusieurs semaines par an pendant une dizaine d’années. Il est également sportif et notamment adepte de la natation qu’il pratique régulièrement.


Cette discipline lui permet de sentir la réaction des différents muscles de son corps avant, pendant, et après l’effort selon qu’ils sont plus ou moins sollicités, immergés ou à l’air libre. Cette conscience de son corps et de l’état second dans lequel un exercice physique peut le plonger - libérant l’endorphine qui rend la pratique du sport addictive - il la développe également depuis plus de vingt-cinq ans avec le graffiti. Évidemment, quand on associe ‘exercice physique’ et ‘graffiti’, on pense d’abord à la course du graffeur pris en flagrant délit par la police, un gardien ou un propriétaire de mur. Mais cette activité physique propre au graffiti ne concerne pas tant la course que l’état second – encore – né de l’urgence et du stress ressentis lorsque le graffeur positionné devant son mur ou son train, la bombe en main, réalise sa peinture. Cet état, mélange d’adrénaline et d’autres hormones comme l’endorphine, donne pour Adrian de la vie au trait qu’il réalise. C’est cet instant d’excitation qu’il lui faut retrouver une fois dans l’atelier, une fois face à la toile, seul, sans aucune urgence, dans le confort et la légalité.


Cette Cold Fever, cette fièvre froide, cette quasi transe lui est nécessaire afin que le trait ne soit pas qu’un trait, que le rond ne soit pas qu’un rond sans dynamisme, que l’œuvre ne soit pas qu’une superposition de formes inhabitées, inanimées, que n’importe qui pourrait finalement réaliser. Cold Fever c’est faire des lignes des actrices de la toile. C’est les faire dialoguer entre elles afin qu’elles transmettent l’émotion à celui qui les regarde. Car finalement, d’où vient l’émotion lorsque l’on contemple une œuvre abstraite ? Une œuvre figurative nous impose directement l’histoire qu’elle véhicule à travers ses personnages et l’univers de l’artiste qui l’a peinte. L’émotion naît donc souvent de l’adhésion ou non à l’histoire racontée et à la manière dont elle est représentée. Une œuvre abstraite est interprétée en fonction des sentiments que chacun a enfouis en lui, en fonction de son histoire propre. L’émotion naîtra ici de la projection de ces sentiments et de la manière dont on les retrouve dans l’œuvre. Mais tout le monde ne peut pas être l’auteur d’un univers abstrait singulier permettant à un observateur d’y transposer ses sentiments.


C’est là pour Adrian Falkner toute la nécessité de se plonger dans cet état second, de rechercher cette fièvre froide ; froide parce qu’atteinte en atelier sans effort physique, simplement en se conditionnant mentalement. C’est de cette Cold Fever que se nourrit l’univers de l’artiste suisse aujourd’hui. L’idée de Cold Fever vient finalement prolonger le concept de Thinking Hand mis en avant à l’occasion de son exposition – éponyme – de mai 2016. Avec Thinking Hand, Adrian Falkner s’affranchissait de sa pratique classique consistant à construire ses œuvres autour des lettres de son pseudonyme de graffeur. Thinking Hand, c’était la libération du geste. L’abolissement des frontières pour trouver plus de spontanéité. Ce geste presque automatique, circulaire, né de l’expérience accumulée par son corps est désormais prolongé et, pour qu’il soit significatif, soumis à la contrainte de la fièvre froide.