Franck Noto

Né en 1980

Vit et travaille à Montpellier (FR)

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Exposition de Franck Noto "Variations" : 12 mai - 4 juin

biographie

Qui aurait douté que nous parlions le même langage ? En cette pâle après-midi de janvier, un froid tenace s’agrippe aux toits de Montpellier que l’on devine par une lucarne de l’atelier. Franck Noto et moi discutons autour d’un café, tandis que me reviennent en mémoire des réflexions entamées il y a quelques années avec JonOne. J’ai parfois l’impression que les mots de l’un complètent à distance les mots de l’autre, ce qui ravive ma hantise de ne jamais parvenir à réconcilier les deux mondes.

 

En 2015, en invitant l’artiste américain à créer une installation sous les voûtes néo-gothiques du Carré Sainte-Anne, je ne m’attendais ni au succès populaire de l’exposition – record d’entrées du lieu – ni à la violence de certaines critiques, parfois rageuses, souvent irrationnelles. Leur sémantique différait des canons qui s’appliquent généralement à toute proposition esthétique pour dévier sur des jugements moraux parfaitement étrangers à notre démarche. Quelque chose sonnait faux. Il y a bien sûr ce terme de « street art » qui n’est pas le bon, qui fait appel à un imaginaire voyou et vagabond, et d’ailleurs à une réalité qui n’est pas, ou plus, celle de l’artiste.

 

JonOne m’expliquait avoir fréquenté l’école de la rue, comme d’autres ont fait l’école des Beaux-Arts. Franck Noto abonde : « On n’a pas fait le cursus école des Beaux-Arts, on est entré par la fenêtre. En peignant sur des toiles et en exposant dans des galeries, je suis passé de délinquant à artiste dans les yeux des gens, alors que je fais à peu près la même chose ». A mon tour, je lui parle de ma préférence pour le terme « artiste urbain » et de mon souhait d’organiser une exposition qui s’appellerait Urbain et Orbi. Il s’agirait de croiser les univers et de souligner les passerelles évidentes qui existent entre la rue et l’institution au sens large, celle qui fait autorité.

 

Pourquoi ai-je l’impression de rêver en écrivant cela ? Il existe à l’évidence une frontière symbolique que le monde de l’art contemporain établi refuse d’assouplir, comme si une incursion même fugitive devait souiller sa pureté. Alors que la modernité s’est emparée à son avantage, avec jubilation, de tout ce qui semblait relever de l’acte de création gratuit et hors-normes, depuis l’art naïf jusqu’aux dessins des aliénés, notre contemporanéité se confine dans une méfiance irréductible envers les artistes issus de la rue. J’y vois un mépris de classe avançant masqué. Dans l’impossibilité d’exprimer les raisons véritables de l’aversion (« nous ne sommes pas du même monde »), les détracteurs de l’art urbain prennent des chemins obliques et lui appliquent un déterminisme qu’ils n’ont de cesse de dénoncer par ailleurs.

 

« Par définition, le street art doit rester dans la rue ». « Les street artistes ne s’inscrivent pas dans l’histoire de l’art ». « Quand ils vont en galerie, ils valident la vulgarité du système marchand ». Autrement dit, le fait d’avoir commencé en peignant des murs, et donc de ne pas avoir intériorisé les codes de l’art contemporain, condamne l’artiste à ne pas évoluer ou changer. L’invocation de Marcel Duchamp, de la société du spectacle de Debord, des écrits de Deleuze ou Derrida, rendrait-elle leur démarche plus fréquentable ?

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A Montpellier, et dans le monde de l’art, on connait tous Franck Noto sous le pseudonyme de Zest. Pourquoi s’en est-il séparé il y a deux ans ? C’était une survivance, un peu folklorique, de l’époque graffiti, quand il ne peignait qu’à l’extérieur et flirtait avec la ligne rouge. Il y a une forme d’honnêteté, de common decency, à renoncer au masque rebelle d’un pseudo qui ne correspond plus à la réalité d’une pratique. Franck Noto est né en 1980. Ses parents étaient peintres du dimanche, comme il l’avoue sans mépris, ce qui témoigne d’une appétence artistique du cercle familial. On serait surpris du nombre d’artistes importants dont les parents avaient ce défaut magnifique, synonyme d’émerveillement enfantin devant la simple capacité de figurer le réel.

 

Adolescent, Franck Noto réalise ses premières fresques à la bombe et au rouleau acrylique sur les murs du stade voisin. Contrairement à ce que l’intuition nous suggère, il ne souhaitait nullement défier l’autorité, seulement faire de la peinture dans un cadre adéquat. « Je peignais tout seul dans ce stade, sans déranger personne. Mon outil – c’était la bombe – me donnait envie d’inventer ». Intégrer le monde du graffiti à 14 ans, c’est aussi bâtir les fondements de sa vie sur les notions d’aventure et d’errance. S’il ne confesse aucune nostalgie pour les premiers pas du jeune Zest, Franck Noto évoque les voyages nombreux en quête de spots, la création de son collectif TDM avec des amis qui travaillaient sur les chantiers, les débuts d’internet qui permettaient les rencontres et la naissance de la communauté du graffiti.

 

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Le monde du graffiti appartient aux fantômes. Des œuvres magistrales sont recouvertes par d’autres, recouvertes à leur tour. La succession des couches de couleurs contient une histoire souterraine qui se nourrit des souvenirs et des récits. Cette idée finalement romantique – je n’ose citer Chateaubriand dans les ruines de Rome – poursuit Franck Noto dans son obsession pour les jeux de matière. Une toile est réussie lorsqu’elle semble cacher l’essentiel sous sa surface, un passé invisible, une généalogie occulte, une obscure archéologie. Il y a près d’une décennie, du côté de Manille, j’ai eu peu ou prou la même discussion avec le grand Manuel Ocampo. L’air est froid et le ciel sans étoiles tandis que je traverse à pied la ville nouvelle pour rentrer à mon bureau. Au moins ai-je rencontré un homme avec qui je partage le même langage.

*cf. texte intégral ici

Numa HAMBURSIN

Directeur Général du MO.CO, Montepellier Contemporain

Texte publié en préface du catalogue de l'exposition personnelle de Franck Noto

"Variations"

2022 - Galerie LE FEUVRE & ROZE