Adrian Falkner

Né en 1979

Vit et travaille à Bâle (CH)

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biographie

Adrian Falkner est devenu artiste en écrivant sur les murs, en mêlant sa voix à celle de sa ville. Aujourd'hui, son geste artistique est différé ; il n'advient plus immédiatement au contact de la surface du mur ou du sol, mais dans un second temps et sur une autre surface - celle de la toile, dans l'atelier.

 

À l'instar de Germaine Roussel ou de Brassaï, Falkner prélève, isole et détache des morceaux de ce langage de la ville, les dessins et les signes que cela crée. Il les emporte avec lui pour nourrir plus tard son travail de peintre. En témoignent ses propres photographies, que l'artiste a décidé de faire figurer dans le catalogue. Ce sont des notes visuelles, fugitives, rapides, prises au détour d'une balade, d'un déplacement piéton entre deux rendez-vous, ou à l'occasion d'un plus long voyage, rythmé par les gares et les aéroports. Immenses buildings aux mille et une fenêtres, échafaudages, grillages, dalles de carrelage, murs en brique, marquage au sol, vestiges d'une habitation démolie, panneaux d'affichage... à travers les photographies d'Adrian Falkner, la ville se lit comme un grand palimpseste fait à la fois de l'ancien et du nouveau, du transitoire et du pérenne, de l'accidentel et de l'intentionnel.

 

L'ensemble de ces images forme une sorte de lexique, un vocabulaire visuel dont les formes empruntent à l'écrit : lignes, grilles, tracés, lettres, maillages. Ces photographies nous invitent à regarder la ville comme Falkner ; c'est-à-dire en faisant cet effort de désapprentissage du réel connu. Le voir comme si c'était la première fois, plutôt que de le traverser pour en saisir le sens. D'abord regarder les signes, les formes, les dessins. Lire la ville, c'est déchiffrer sans jamais chercher à reconnaître ou à comprendre. C'est se mettre dans les yeux de l'enfant, de l'étranger, de l'illettré, et cela est à la fois un geste artistique et un geste politique : car précisément, se mettre dans ces yeux-là, c'est considérer ceux que la ville laisse pour compte, ceux qu'elle met à l'écart.

 

Falkner dissocie les formes urbaines de leur fonction, et travaille dans la tension entre les deux. La ville devient alors une captivante et labyrinthique conteuse, tantôt chaleureuse — quand on a choisi de se laisser porter par ses récits, tantôt hostile — quand ce n'est pas un choix. (...)*

Après Graffiti Painter (2014), Thinking Hand (2016), Cold Fever (2018), Don't sit on the furniture est la quatrième exposition personnelle du suisse à la galerie.

Nina Ferrer-Gleize

Artiste photographe, autrice, chercheuse

* cf. texte intégral ici